Monique Désy Proulx
février 2010
pour Guyane-Québec
Avez-vous aimé votre hiver ? Pour ma part, je l’ai trouvé plutôt timide. En général, je préfère les hivers plus rigoureux, plus enneigés, plus « je m’enferme à la maison comme une ourse dans sa grotte »… Cependant, ce n’était pas le moment, cette année, de m’enfermer « comme une ourse dans sa grotte ».
Hier c’était l’automne, aujourd’hui c’est l’hiver. Pas l’officiel, pas celui qui commence le 21 décembre ! Non, je parle plutôt de l’hiver qu’on décrète quand le froid arrive et que la première neige tombe. L’hiver qui arrive quand on se met à faire du feu dans l’âtre. Ici, chez moi, ça fait au moins un mois que j’allume pour chauffer la baraque. Le matin, la première chose qui me vient à l’esprit, c’est de faire du feu. Avant même de préparer le café. Et avant de prendre ma douche. J’allume avec du petit bois, j’ajoute une bûche, je mets la cafetière à minimum, ensuite, je fais ma toilette et je m’habille, puis je reviens de la salle de bain au moment où la maison commence à être chaude. Le feu flambe, le café monte en faisant glou-glou, il me reste à faire griller des œufs et des toasts et ça y est, je déjeune. Mmmm…
J’adore l’hiver et il s’en vient. Ce sera tout blanc, les soirées seront longues et le feu crépitera. J’ai des bûches en masse, trois sacs de résidus d’atelier d’ébéniste, une poche de sciure de bois et une quarantaine de panneaux de cartons récupérés des tuiles acoustiques que j’ai enlevées d’un plafond. Pour le papier, j’ai de vieux exemplaires de La Presse et du Globe and Mail que ma voisine et des amis me refilent après les avoir lus. Je me retrouve souvent avec deux copies du même journal.
L’autre jour, il y avait ce titre, Qui dit vrai ?, avec deux visages en gros plan : à gauche Benoit Labonté, à droite Gérald Tremblay. J’ai aussitôt fait brûler Labonté et Tremblay. Cependant, je les ai retrouvés le lendemain. Il y avait encore ce titre : Qui dit vrai ? Et encore leurs visages contrits, Labonté affirmant que la mafia gangrène la ville de Montréal et Tremblay répliquant que Labonté ment.
Je prête alors un œil plus attentif. Benoit Labonté ressemble à un chat de ruelle, il a une face de bum, l’air de dire, « Toi, tu l’emporteras pas en paradis. Je vais me l’ouvrir, la trappe, tu vas voir que j’ai pas peur ». Et il convoque Radio-Canada pour affirmer devant tout le monde que le maire accepte la corruption dans son administration. En faisant ça, il dit adieu à sa carrière politique, mais il regarde ses anciens collègues en face. « J’ai été victime d’un assassinat politique », a-t-il dit. J’aurais aimé qu’on lui pose plus de questions sur ce qui l’avait incité à parler, sur cette décision flamboyante de rompre avec le milieu… Ça joue dur dans la cour d’école.
Sur la photo, Gérald Tremblay a un œil plus petit que l’autre, il regarde devant lui, perplexe, comme un bon garçon un peu désarçonné. Il rejette catégoriquement les accusations de Labonté. Ben non, y’a rien qui cloche à l’Hôtel de Ville, voyons. Montréal se développe dans l’harmonie et l’enthousiasme de la population. La vie publique est saine, transparente, invitante… Oui, oui, vous m’en direz tant !En tout cas, ce n’est pas ce que j’ai ressenti quand je me suis engagée dans des causes qui me tenaient à cœur, comme la destruction d’un parc de mon voisinage, le rapt d’une sculpture monumentale qui enrichissait mon quartier ou la menace de voir construire une autoroute sous mon balcon…
« Si t’as pas peur, disait Gigi à Fanfan, il ne peut rien t’arriver ».J’aime cette remarque entendue dans un film mettant en scène deux adolescents.
L’hiver est à nos portes et je n’ai peur ni du froid ni de la neige. Au contraire, la rivière glacée, les champs poudreux et les sapinages alourdis de blancheurs m’apparaissent comme des images de bonheur et de beauté.
Je vous souhaite à vous aussi un hiver heureux. Que, comme moi, vous jouissiez de la luminosité resplendissante des ciels de décembre, des brumes grises des matins de tempête et des longues soirées où l’on brûle ces journaux qui nous montrent deux fois plutôt qu’une la dérision d’un monde de mensonge et de médiocrité.
Il est déjà fini, l’été ! Il avait commencé par la Saint-Jean, avec sa musique et son souper en plein air, puis il y avait eu la pluie, la pluie et encore la pluie. Ensuite (enfin), le soleil et la chaleur. Pendant tout ce temps, il y avait des pépines dans mon terrain pour creuser des tranchées, arracher l’asphalte, poser des drains. Il y avait mon jardin et ses fleurs qui explosaient : marguerites et rudbeckias, lis et cosmos. Et le potager, avec les tomates et les
par Monique Désy Proulx
pour Guyane-Québec
été 2009
Le printemps est fini, c’est enfin l’été. Tellement l’été que mes lunettes tombent de mon nez, la sueur servant de lubrifiant… Hier, c’était la Saint-Jean, je l’ai fêtée dans mon nouveau village, au bord du Richelieu, sur la place publique, la façade d’église pavoisée de drapeaux fleurdelisés, un méchoui dans le parc en face, des tables couvertes de nappes
Monique Désy Proulx
pour le journal Guyane-Québec
21 mars 2009
Bleu, bleu, l’hiver est bleu, comme l’amour et comme la rivière qui allonge ses pastels dans l’après-midi des jours, quand le soleil joue avec les cristaux… Qui a dit que l’hiver était blanc et plate !? L’hiver est rempli de couleurs et c’est la plus joyeuse des saisons !
En tout cas, moi, cet hiver 2009 je l’ai aimé, logée derrière les nombreuses fenêtres de mon Proulailler, ou j’ai élu domicile en novembre dernier. Les sapins couverts de flocons, la rivière enneigée, la plaine tout autour comme un mini-Grand-Nord, l’air cristallin, les matins brillants, le silence, tout, j’ai tout aimé.
Monique Désy Proulx
ex-résidente d’Hochelaga-Maisonneuve
membre fondateur du Comité SOS la Joute,
des Amis du parc Morgan et de
la Coalition pour humaniser la rue Notre-Dame
«Le projet de transformation de la rue Notre-Dame est remis à plus tard», apprend-on ces jours-ci dans les médias. «Le Complexe Turcot prend du retard», titrait-on hier. Eh bien tant mieux! Qu’on en profite donc pour admettre enfin que la ville n’est pas la place des complexes autoroutiers, mais plutôt celle des rencontres et des échanges. Que la prospérité de Montréal tient au bonheur de ses résidents et à la splendeur de son site géographique. Et que le monstrueux projet autoroutier imaginé par notre gouvernement nie l’un et l’autre de ces atouts.
par Monique Désy Proulx
pour le journal Guyane-Québec
décembre 2008
J’ai promis à Tiburce, le rédacteur en chef du journal Guyane-Québec, que je vous raconterais mon automne, ô combien chargé, au cours duquel j’ai vendu mon appartement de Montréal pour m’acheter une maison au bord de la belle rivière Richelieu, dans la vallée du même nom, échappant ainsi à la hantise que j’avais de me retrouver à vivre à côté d’une autoroute montréalaise. Et du coup, je réalisais un projet qui me trottait dans la tête depuis longtemps. Je vous raconte…
Cet été, j’ai passé mon temps à me gaver de la beauté de mon pays.
En juin, j’ai exposé mes tableaux à Saint-Nicolas, joli village situé à flanc de cap sur la rive sud du Saint-Laurent, près de Québec, ma ville natale, devenue si belle avec le temps. Je suis allée dans la capitale, j’ai déambulé dans le port et j’ai vu les formidables images de Robert Lepage raconter l’histoire de la région en se projetant sur les murs des élévateurs à grains. J’ai marché sur le toit du Musée de la civilisation, parmi les concombres et les laitues plantées par le metteur en scène Franco Dragone. J’ai roulé sur le boulevard Champlain, qui fut dans les années soixante une autoroute aménagée directement devant des chalets d’été, dont celui d’un vieil oncle… Aujourd’hui, on a corrigé le tir. Désormais, ce boulevard est bordé d’arbres et de terrasses piétonnières. Certaines zones sont si jolies que les gens sont portés, tout naturellement, à ralentir leur voiture… Tandis que j’étais dans la région, je me suis promenée dans la belle campagne environnante, dans le comté de Lotbinière, m’arrêtant chez mon cousin Claude à Saint-Antoine-de-Tilly. Partout, je voyais de la beauté.
Mercredi 11 juin 2008, le maire de l’arrondissement Ville-Marie et nouveau chef du parti municipal Vision Montréal, Benoît Labonté, présente son projet Rives nouvelles, qui consiste à prévoir que Montréal s’aperçoive enfin qu’elle est située au bord d’un fleuve. Il était temps !
Depuis plusieurs années déjà, Richard Bergeron — du parti Projet Montréal — crie sur tous les toits que l’entrée maritime de l’île est un trésor sur lequel nous levons le nez et qu’il suffirait de détourner vers l’Est les voies ferrées qui encombrent les rives, près du pont Jacques-Cartier, pour donner à la métropole une envergure qu’elle se refuse. Cette année, M. Labonté l’affirme à son tour, et c’est tant mieux. Disons-le et redisons-le, à l’endroit et à l’envers, à gauche et à droite, ça deviendra tellement évident que ceux qui n’en parleront pas seront les cancres de la classe. Et peut-être qu’un jour, quand la direction du Port osera encore affirmer que les Montréalais ont perdu à jamais ce territoire sous prétexte qu’il est fédéral, il y aura une petite gêne…
Nous sommes en juin de l’année 2008 et voilà que la Ville de Montréal nous parle de péages et de «responsabilité sociale» pour les banlieues. Son porte-parole, M. André Lavallée, évoque une nouvelle taxe pour financer le transport en commun… Pendant ce temps, la Ville accepte la proposition du gouvernement Charest de dépenser des milliards de dollars pour de nouvelles infrastructures autoroutières en milieu urbain, et de surcroît dans des quartiers historiques.
Hé, l’argent, on l’a déjà! Pourquoi ne le consacre-t-on pas tout de suite à du transport en commun, à du train, à du métro hors-terre, à du Nouveau Tramway?
Vendredi après-midi, par un des premiers beaux après-midi du mois de mai, l’air se déchire soudain, hurlant une musique tonitruante qui envahit tout le quartier où j’habite. Je me rends vite compte que ce boucan vient de méga-haut-parleurs installés sur la bande verte, le long de la rue Notre-Dame, dans l’est de Montréal, près de la rue Viau. Cinq ou six gars dans la vingtaine sont installés dans l’herbe et ils tripent sur les pitons d’une console, pour s’assurer que leur musique sonne assez fort pour les rendre sourds, et nous avec. En allant leur parler, je découvre que s’ils ont obtenu le droit de faire tant de bruit, c’est pour agrémenter le Tour de l’île à vélo qui aura lieu ce soir. Pourtant, le vélo ne représente-t-il pas la nature, le silence, le bon air, la possibilité de se parler doucement? Bref, tout sauf cette musique rock de bars de centre-ville où des voix hurlent leur colère. Rien à voir avec ce bel après-midi ensoleillé où le muguet et les lilas parfument les narines.
À la télé, l’image frappe tellement l’esprit qu’en écoutant les nouvelles au petit écran, on a l’impression d’apprendre quelque chose, alors que bien souvent, il n’en est rien! Je l’écoute assez peu souvent pour me rendre compte qu’on ne me dit pas grand chose quand j’allume l’appareil censé m’ouvrir une fenêtre sur le monde. Et j’enrage. C’est de la poudre aux yeux! De la manipulation sémantique. Poursuivre la lecture ‘• Télé et séduction de l’image’
Les promoteurs du futur Centre hospitalier universitaire de Montréal s’apprêtaient récemment à construire leur édifice en hauteur dans un terrain donné jadis par Louis-Joseph Papineau, homme politique qui l’avait offert en 1818 à la Ville pour en faire un parc. Aujourd’hui, il y en a qui voient ce parc comme un simple «bout de gazon»… Ils ne voient pas plus loin que le bout de leur nez. Poursuivre la lecture ‘• Le parc à Papineau!’
Je viens d’écouter sur Internet un billet d’Alain Dubuc sur Mario Dumont… C’est drôle, il dit que Mario «joue» sur la peur… mais n’est-ce pas ce qu’il fait aussi, en affirmant que le propos de Dumont est « inquiétant»!
Dumont a peur de voir le peuple canadien-français disparaître et Dubuc, lui, s’inquiète de voir Dumont avoir peur. Tout le monde craint quelque chose… Poursuivre la lecture ‘• Avoir peur de son ombre…’
Allocution présentée le 13 avril 2008 en conférence de presse
au Centre Saint-Pierre, à Montréal
Bienvenue à tous. Je m’appelle Monique Désy Proulx et je parle au nom de la Coalition pour humaniser la rue Notre-Dame. D’abord, précisons que nous sommes un regroupement de citoyens de toutes allégeances politiques réunis autour d’une idée : le refus d’accepter que le gouvernement construise en pleine ville une infrastructure routière qui laisse encore plus de place à la voiture, plutôt que d’investir dans des transports collectifs de pointe, ce qui contredit les propres plans de développement du Québec et de la ville de Montréal.
Aujourd’hui, je m’adresse d’abord et avant tout aux citoyens de Montréal, et plus particulièrement aux résidents des quartiers historiques de la métropole qui ont tant souffert, depuis les années soixante, de la politique québécoise en matière de transport. Au cours de ces années, les quartiers du sud de Montréal, à l’ouest comme à l’est, par exemple les faubourgs Sainte-Marie et Saint-Jacques, ainsi que les quartiers Hochelaga et Maisonneuve, ont tous connu des démolitions programmées et nombre de leurs résidents se sont fait chasser de leurs milieux de vie.
La ville a récemment ouvert une enquête auprès de ses citoyens.
Elle leur demande quels sont leurs rêves pour Montréal.
J’ai décidé de dire mon mot…
*****
Voici, à mon avis, la grande force de Montréal: c’est une ville formée de nombreux villages, chacun ayant sa personnalité, ses caractéristiques propres, son esprit, son style, son histoire, sa géographie. Ce sont autant de lieux qui peuvent ou non correspondre à soi, à son cheminement et à sa personnalité. En comprenant bien ces différentes facettes, on sait où aller habiter à tel moment de sa vie et où sortir lors de telle fête. On bénéficie à la fois de la chaleur humaine des petits lieux et du rythme de la grande ville.
Depuis l’été dernier, je suis intriguée par Le Valois, ce bistro français de la rue Ontario qui donne sur la place Valois. Il y a quelques années à peine, ce petit parc en diagonale abritait une gare de train, avec stand à frites et terrasse pour les déguster. Aujourd’hui, nos élus ont fait raser la gare et pavé le sol « mur à mur », selon leur goût affiché pour les dalles de style mortuaire… Au lieu d’un jardin de ville, où l’on jouerait à la pétanque et où les amoureux se bécoteraient sur les bancs publics, ils ont préféré nous offrir un funérarium. Je me suis sentie bien triste en découvrant cet aménagement inhospitalier, quand il fut inauguré. Certains de mes semblables, se plaignant alors à l’arrondissement, se sont fait répondre par une certaine mairesse que cela valait mieux « pour ses talons hauts » ! De telles considérations m’ont incitée à porter sur ces lieux un regard circonspect. Or, durant l’été 2007, j’ai vu qu’on y ouvrait un restaurant. Quelle sorte de commerce cela allait-il être ? Poursuivre la lecture ‘• Le Bistro Valois’
par Monique Désy Proulx
Les Saisons de Monique, Revue Guyane-Québec
février 2008
C’est l’hiver et j’ai du verglas plein la tête. Des gouttes glacées me sillonnent le cerveau. Que se passe-t-il donc ? Eh bien, le gouvernement a annoncé récemment qu’il imposerait aux citoyens une autoroute en pleine ville, juste à côté de chez moi !
Pourtant, j’habite un des plus beaux quartiers de Montréal et le Saint-Laurent coule à deux pas de ma résidence, mais on s’obstine à ne voir ici que pauvreté et misère. Ce quartier s’est fait massacrer à coups de bulldozer dans les années 1970 et, depuis, on veut le rachever. Dans ces années Bourassa, la voiture et le béton prenaient le dessus sur toute autre considération et notre argent a alors servi à raser une des plus anciennes artères du pays, la rue Notre-Dame, autefois Chemin du Roy, parce qu’on voulait y faire passer une autoroute. Parmi les bâtiments qui bordaient cette voie historique, il y avait un couvent majestueux, érigé en 1860 et entouré de jardins, qui venait de célébrer ses cent ans en chantant « Hochelaga, sois fier ! » Fiers, les Québécois ? Fiers de leur histoire ? Voyons donc. Fiers de leurs chars, plutôt…
par Monique Désy Proulx
résidente du Vieux-Maisonneuve
décembre 2007
Cette année, en 2007, après de nombreuses tentatives infructueuses pour faire céder la population, le gouvernement du Québec revient à la charge avec son projet d’autoroute en milieu urbain. Or, nous n’en voulons pas de cette autoroute, même si elle se cache derrière de jolis noms. Ce que nous voulons, c’est une véritable rue où il y a de la vie. Car la ville, c’est pour les humains !
Il automne des sanglots longs sous un ciel gris délavé, il automne des pommes rouges sur des cahiers d’écoliers. Il automne, à pas furtifs, il automne à pas feutrés, il automne à pas craquants sous un ciel pourpre et doré.
Barbara
L’automne m’a prise en chanson. Avec d’autres artistes, j’ai préparé un spectacle pour rendre hommage à une poète qui m’accompagne en toutes saisons depuis longtemps. C’est de Barbara qu’il s’agit, la longue dame brune qui chantait à Moustaki : « Je t’ai pris pour un poète en écoutant les mots qui passaient par ta tête comme le vent… ».