Monique Désy Proulx
mardi 29 avril 2008
Je viens d’écouter sur Internet un billet d’Alain Dubuc sur Mario Dumont… C’est drôle, il dit que Mario «joue» sur la peur… mais n’est-ce pas ce qu’il fait aussi, en affirmant que le propos de Dumont est « inquiétant»!
Dumont a peur de voir le peuple canadien-français disparaître et Dubuc, lui, s’inquiète de voir Dumont avoir peur. Tout le monde craint quelque chose…
Pour ma part, j’observe plutôt à quel point Mario a le tour de mettre le doigt sur le bobo. Il touche souvent les points névralgiques dont personne n’ose parler, sous peine de se faire traiter de fasciste. Ainsi, on s’inquiète du Tibet, à cause de la menace d’assimilation que la Chine fait peser sur son destin, mais il ne faut rien dire du Québec, dont la population française constitue pourtant un petit groupe juché aux confins d’un continent où l’on parle anglais. On s’horrifie, avec raison d’ailleurs, du sort réservé aux Algonquins, un peuple qui se définit par les liens du sang, mais on ne doit jamais évoquer la nation canadienne-française… Les autres peuvent revendiquer leur identité, mais pas nous.
Pourtant, si nous voulons vivre et nous épanouir, cette question de l’identité est cruciale. C’est elle qui se cache derrière le thème de l’immigration. On la retrouve partout dans notre monde en mouvance, où des populations entières se déplacent. Et il ne faudrait pas en parler? C’est vrai que chez nous, l’avenir est un sujet tabou. Le passé aussi, puisqu’on cache l’histoire politique de notre peuple. Pas étonnant que le Québec ait le taux de suicide que l’on sait.
On répète aussi à qui mieux mieux, comme un Je-vous-salue-Marie, que le taux de fertilité des Québécoises n’est pas assez élevé. Pourtant, la moindre mesure votée par l’État pour soutenir les parents obtient un tel succès qu’on évoque un baby-boom… Qu’en est-il donc vraiment?
En outre, la population du Québec est constituée aujourd’hui à 12 pour cent d’immigrants, plus que la plupart des États modernes. Or, quiconque connaît la cuisine sait qu’il vient un moment où la mayonnaise tourne si on met trop d’huile, quand le jaune d’oeuf n’est plus capable d’en absorber. Ne devrions-nous pas nous demander quelle est notre capacité d’absorption à nous, comme société?
Mario les pose, lui, ces questions essentielles. Remercions-le ! Cela ne veut pas dire qu’il faille lui confier les solutions. Loin de là. Il n’a ni les connaissances ni l’envergure morale pour bien le faire. Cependant, il dit tout haut ce que des milliers de personnes taisent. Alors, plutôt que de contribuer à la censure et de continuer d’avoir peur de la peur, les commentateurs feraient mieux d’aborder franchement la question, en n’oubliant pas qu’un peuple, c’est comme du blé, il y a des variétés qui disparaissent avec le temps, quand on ne s’occupe pas de les conserver.
La pratique des arts comporte une dimension symbolique qui permet à l’humain d’exprimer sa vie intérieure, avec les sentiments qui l’agitent. Par exemple, la révolte peut se traduire en jouant des notes discordantes sur un violon, en peignant un tableau tout en rouge ou encore en dansant jusqu’à épuisement. Alors, la vie affective prend forme sur le plan symbolique plutôt que sur le plan réel, ce qui est à la fois plus efficace et plus enrichissant. À mon avis, une société qui ne montre pas à ses enfants comment faire une telle «trans-formation» se prépare des lendemains brutaux, car on étouffe quand on ne peut pas manifester ce qu’on ressent. L’art sert à cela : à former de l’or avec de la boue, à changer les faiblesses en forces. C’est pourquoi chaque fois que j’entends annoncer le retrait d’un cours d’art dans les écoles, je me dis qu’on prépare le terrain pour un monde de malheurs.