Un printemps à la flotte !

Monique Désy Proulx
juin 2011

Dans quelques jours ce sera l’été, mais je m’empresse de vous parler de notre printemps québécois qui a fait tant pester les gens cette année.  Combien ont songé, sous la pluie incessante, le froid et le vent, à déménager pour se retrouver en Provence ou dans les îles du sud ? Et vous, qui venez précisément de ces îles tropicales, sans doute avez-vous pensé à y retourner pour fuir notre climat ingrat !

Partout, il a plu et replu, venté et reventé, les jours se sont suivis en dents de scie, un matin il fait beau, le lendemain on gèle et le surlendemain c’est la flotte. Les gens qui y ont le plus goûté sont sans doute ceux et celles qui ont élu domicile le long de cette rivière qui coule devant chez moi, le Richelieu, et qui, plus au sud, a débordé dans les villages, les terrains et les maisons, rendant leurs habitants désespérés. Tout le Québec pensait à eux, parlait d’eux, les imaginait, les malheureux, qui voyaient l’eau s’infiltrer partout et faire sombrer parfois la construction d’une vie.

Ça, c’est la menace de dame Nature, qu’on ne peut s’empêcher de sentir un peu fâchée contre les humains qui ont l’air de se ficher d’elle, refusant d’admettre que c’est elle qui nous domine et non l’inverse. Dame Nature a pleuré, elle a venté, hurlé, débordé, choisissant ses victimes surtout parmi les humbles, comme c’est souvent le cas.

Or, il n’y a pas que dame Nature qui menace, il y aussi les prospecteurs, ceux pour qui la dame en question n’est rien, ceux et celles qui veulent se faire de la richesse à tout prix, même au risque d’empoisonner la terre et l’eau. Ils ont la vue bien courte. Je pense aux entreprises pétrolières et gazières, des multinationales dont les actionnaires se fichent du bonheur des citoyens. Ce sont ces gens d’affaires qui paient Lucien Bouchard pour qu’il nous fasse avaler la pilule et qu’on accepte de voir notre pays transpercé, perfusé, éclaté, fracturé, avec des puits horizontaux qui peuvent s’activer jusque sous nos maisons, nos églises, nos cimetières, nos hôpitaux, nos garderies, pourvu qu’ils y trouvent un peu de gaz pour enrichir quelques-uns.

Nous sommes pourtant nombreux à voir l’avenir d’un autre œil et à croire que la beauté et la santé risquent d’être plus payantes que la maladie, la laideur, le bruit et les nappes phréatiques empoisonnées. Certains (et certaines, dont l’ex-copine de Lucien Bouchard, Mme Bombardier) s’enflamment pour défendre les intérêts de ces entreprises sans âme, et honnissent ceux et celles qui, tel David contre Goliath, refusent ce genre de développement. Les défenseurs de la haute finance et des grandes pétrolières n’ont pas l’air de penser à ce que cela veut dire d’avoir un puits de gaz de schiste dans son entourage : éclairages violents et bruit tonitruant nuit et jour, milliers de camions qui déambulent sur les petits chemins de campagne, milliers de tonnes d’eau à laquelle on ajoute des produits chimiques toxiques et qu’on injecte dans le sous-sol afin de le fracturer pour en extraire leur fortune sous forme de gaz. Bref, la vie bien gâchée, la beauté du monde saccagée, et la menace de rester aux prises avec une terre inutilisable et de l’eau imbuvable. Faudrait-il donc accepter de mourir un peu pour que d’autres se graissent la patte et deviennent encore plus ventrus qu’ils le sont déjà ? Quelquefois, l’humanité est désespérante.

Pourtant, d’autres fois, elle est magnifique. Cette fin de semaine, des milliers de bénévoles ont prêté main-forte aux gens ayant souffert des inondations, dans les municipalités situées près du lac Champlain. Des milliers de personnes qui se sont relevé les manches pour nettoyer, assécher, soutenir et consoler…

Quand la rivière a commencé à gonfler, j’ai reçu moi-même des appels d’un peu partout : des proches s’inquiétaient de mon sort. Je les ai rassurés, car ici, pas de problème ! Cependant, leur sollicitude m’a fait du bien. J’ai senti qu’en général, les gens souffrent de voir les autres souffrir. J’ai compris que lorsqu’on est dans le pétrin, l’aide arrive. Toutefois, il vaut tellement mieux prévoir et faire l’impossible pour ne pas l’être, dans le pétrin, et pour éviter la catastrophe. C’est ce que nous devons dire, tout haut et à des milliers de voix : « Non au développement qui ne tient pas compte des éléments, des animaux, des plantes, de la terre et de l’eau, et surtout de la nature humaine, celle qui aime voir les gens heureux et la vie dans sa splendeur ».

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