• Au printemps ! Y’a de la couleur et j’ai les cheveux blancs…

Minok derrière la porteJ’ai envie de crier « Au printemps !» comme on crie « Au feu ! »…
La semaine dernière, de jolies petites bombes ont éclaté près de chez moi. Des bombes vert tendre, rouge vermillon, jaune soleil et mauve lilas. Wow! Ça pétarade dans la nature ces temps-ci. En une semaine, le gazon qui longe la piste cyclable s’est couvert de pissenlits et, devant la maison, le saule qui pousse dans le ciment a explosé en mille feuilles vertes. C’est la jungle! En arrière, le lilas bleu de la cour commence à embaumer et, dans la ruelle, mes tulipes rouges sont sorties en rang d’oignon. La belle surprise. J’avais oublié que j’avais planté des bulbes l’automne dernier. J’en ajouterai l’an prochain, et tant pis si les enfants me les piquent. J’en aurai tant et tant qu’ils finiront par s’habituer. Alors ils laisseront ces taches écarlates égayer l’asphalte. La nature est si joyeuse.


Et dire qu’il y en a pour qui les bombes rouges sont celles du sang et les bombes vertes, celles de l’argent… Pourquoi donc les humains s’acharnent-ils à vouloir régimenter la généreuse folie de la vie ? À fabriquer des bombes en acier et à peindre des tableaux en noir et blanc, alors que la nature s’évertue à faire exploser tant de couleurs et d’odeurs chaque printemps…

De mon côté, je m’émerveille. Tiens, le deuxième voisin a encore amélioré sa rocaille. Qu’elle est jolie! Il a fait venir de grosses pierres plates et son mini-jardin évoque les sous-bois de la forêt québécoise, avec des talles de muguet qui parfument l’air sous l’escalier en colimaçon. Beaucoup de gens travaillent à orner leur parterre. On jardine, on dépense, on choisit des fleurs, on se met à quatre pattes, on sarcle, on pose des tuteurs, et on veille au grain. Devant tant de ferveur, je me demande pourquoi nos rues commerçantes sont si laides… Et pourquoi nos élites financières ne consacrent pas plus d’énergies à créer de la beauté ?

En attendant de répondre à mes drôles de questions, je célèbre le printemps en couleur et en musique. Je peins des tableaux où les îles sont rouges et les oiseaux… bleus. Et j’accompagne au piano de jeunes violoncellistes qui font résonner dans ma maison leurs sons de velours. À la mi-mai, par un beau dimanche après-midi, leur professeur de violoncelle, Julie, et moi-même avons organisé chez moi un petit concert pour les parents et amis. Le printemps sonnait bien.

Et la scène était unique. J’ai vu douze violoncelles couchés sur le plancher de ma chambre! Chacun sa couleur. Il y en avait un tout petit, celui de Laure-Cécile, la fillette de neuf ans qui semble sortie directement d’un tableau hollandais du dix-septième siècle, avec ses longues tresses blondes, ses yeux profonds et sa manière paisible de jouer un concerto du très classique Friedrich Seitz.

Il y avait bien cinquante personnes dans la place pour entendre Vivaldi, Bach, Dvorak ou Fauré. Le soleil aussi était là, baignant de lumière ces moments à la fois simples et magiques.

Au printemps ! Au feu ! La vie a reparti sa grande machine, comme chaque année. Et j’ai voulu marquer le coup. Devant le foisonnement de la végétation… je me suis fait couper les cheveux ! La nature affiche ses couleurs, moi j’affiche ma blancheur ! Finies les teintures. Fini cet esclavage. Je m’ennuierai de ma coiffeuse Farida que j’aime tant… Je la voyais presque deux fois par mois ! Mais désormais, je romps avec les vendeurs de jeunesse éternelle. J’assume la chevelure que la nature m’a donnée. Ma tête sera une page blanche. Je la garnirai de foulards, de rubans, de pinces. Je la ferai joyeuse et folichonne. Brillante comme une pièce d’argent. Elle me rappellera que le temps passe, que la vie est une aventure, et que le bonheur est une rangée de tulipes rouges qui poussent dans une ruelle.

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