• Un été chaud et des autoroutes brûlantes

En 1968, Charlebois chantait « Mange ton blé d’Inde… Sans tant te plaindre, sacrament ! Y fait pas frette ! Faut que je me mette… du Suntan Coppertone. »

Aujourd’hui non plus, il fait pas frette. Et nous savons maintenant, sans l’ombre d’un doute, qu’une partie de cette chaleur vient de notre usage du pétrole. Les villes étouffent et s’écrasent, et pourtant on rêve encore d’autoroutes, pour aller vers des ailleurs meilleurs, pour fuir la ville, cette maudite ville qui pue ? Le problème c’est que si elle pue, la ville, c’est à cause des gens qui la fuient. Beau paradoxe !


Je suis fâchée. Le Parlement fait des lois pour éviter qu’on respire la moindre fumée de cigarette, mais on accepte sans se plaindre de vivre le nez dans le monoxyde de carbone. La plupart d’entre nous habitons la ville, mais la ville est balafrée de cicatrices qui marquent le chemin des barbares. Après avoir été assez bêtes pour détruire notre propre réseau de tramways dans les années cinquante, afin que les Américains nous vendent leurs voitures, nos élites politiques ont construit en pleine ville, dans les années soixante, des routes de ciment. Ces monstres ont posé leurs pattes géantes au milieu de quartiers qui, pourtant, avaient été lentement tissés par la vie.

Voici, devant l’autoroute métropolitaine, une façade d’église finement ouvragée, que des artistes et des artisans ont façonnée à la sueur de leur front et à la lumière de leur esprit. Au lieu de la mettre en valeur en l’entourant de jardins, on lui a flanqué sous le nez cette masse désolante et inerte. Nos élus ne s’illustrent pas par leur bon goût et leur finesse de jugement. Ils embarquent pieds joints dans l’aventure du pétrole, ils foncent tête première sur l’avenue de l’argent, à toute vitesse, sans regarder autour et sans se demander où ils vont.

Nous le savons, pourtant, où ils vont : droit vers la catastrophe. Aujourd’hui, la ville étouffe et ceux qui le peuvent partent. Moi, c’est demain que je prends la route, la petite, celle qui me mènera dans la région d’Asbestos, dans un camp musical où j’irai faire du jazz ! Youpi !

Pendant cinq jours, je vivrai dans la musique, au bord des Trois-Lacs, avec une quarantaine de musiciens et d’apprentis musiciens. Ça m’aidera à perfectionner mon enseignement et ça me fera des vacances en plein air. Ravie de sortir.

Mais je reviendrai bientôt. Par la route, bien sûr, la petite, celle qui épouse le paysage et m’offre à voir la vie qui bat. Je ne suis pas contre les voitures, loin de là, mais j’aimerais qu’on fasse les villes de sorte que je puisse m’en passer. Je garderais mon bazou pour mes escapades en solitaire.
Si on aimait les villes, on en ferait des bijoux. L’été, on serait content de s’en aller, mais on serait tout aussi contents de revenir !

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