L’été des tomates…

Monique Désy Proulx
septembre 2011

L’été s’est achevé ce matin, à 5 h 40. Nous voici donc en automne, même s’il fait beau et chaud aujourd’hui. Après un printemps péniblement pluvieux, l’été nous a gratifiés d’un temps merveilleux, un temps à coucher dehors ! C’est d’ailleurs ce que j’ai fait : dormi dehors, mangé dehors, travaillé dehors. Le péché, quand le soleil brille, c’est de ne pas en profiter.

Et je n’ai pas beaucoup péché cet été, car j’ai vécu comme une sauvageonne. Presque tous les jours, j’ai traîné mon ordinateur au fond du jardin pour bosser à l’ombre d’un abri de toile ; la nuit, je sortais mon lit de camp pour dormir à la belle étoile, comme au temps heureux de mon enfance chez les guides. Inutile de dire que j’ai mangé le plus souvent possible dans le terrain, sous mon parasol.

C’est drôle, mais chaque instant passé dans la nature me semble un instant pleinement vécu. On dirait que dans ces circonstances, la question du sens de la vie ne se pose même pas. Pourquoi vivre? Quelle drôle de question, quand j’ai les deux pieds dans l’herbe et que j’engage la conversation avec le cardinal rouge qui crie « huit-huit-huit » au desssus de ma tête, quand un chardonneret vient frapper à ma fenêtre et s’accroche les pattes dans mon moustiquaire pendant plus d’une demi-heure et quand j’entends les grondements presque menaçants d’un ouaouaron dans le fossé. Tout ça grouille tellement autour de moi que je me sens faire partie du grand ballet de la vie qui se manifeste dans les plus petites choses.

Et puis, je ne m’ennuie jamais quand j’observe les fleurs qui changent au fil des semaines. D’abord, j’ai vu fleurir les lupins, les lys et les iris, puis les marguerites et les monardes, suivies des hémérocalles et de toutes les autres aux noms si jolis, myosotis, échinacées et anémones qui enchantent ma vue et ma vie.

Pendant ce temps, le potager grossit et me surprend. Cette année, j’ai acheté au marché Jean-Talon six plants de basilic, deux plants de poivrons et deux d’aubergine, ainsi que du persil et du thym. Quand j’ai voulu choisir mes plants de tomates, je me suis rendu compte que mon portefeuille était vide, j’avais déjà tout pris. Qu’à cela ne tienne, me suis-je dit, j’en trouverai dans mon coin, la semaine prochaine.

Or, lorsque je me suis penchée sur mon petit potager circulaire pour y mettre en terre ce que je rapportais de Montréal, j’ai vu de jeunes pousses de tomates qui étaient sorties toutes seules, issues de graines de l’an dernier ! Avec une attention toute particulière, je les ai regardé grandir tout l’été, ces plants qui avaient eux-mêmes choisi leur emplacement. Ils étaient finalement plus d’une vingtaine ! Au lieu de donner en août, comme d’habitude, ils ont attendu septembre pour rougir et s’offrir à ma cueillette. Et voilà que depuis deux semaines, j’en rentre un grand bol tous les jours, des jaunes, des rouges et des roses, des petites, des moyennes et des grosses. Hier, j’en ai certainement cueilli cent cinquante… J’ai passé l’après-midi à les cuisiner avec des oignons, de l’ail et mon basilic qui est devenu énorme. Mmmm que ça sentait bon chez moi !

Ma voisine a beau se décourager du temps qu’il fait sur son pays, et moi-même j’ai beau avoir assisté à d’inquiétants orages (j’ai perdu une fenêtre un jour d’ouragan et une lampe au néon a rendu l’âme au moment où la foudre tombait pas loin de la maison dans un vacarme inouï), mais quand je vois mes tomates en soupe et en sauce, mes tomates congelées, mes tomates confites, mes tomates fraîches, je me dis que la fin du monde n’est pas encore arrivée.

L’hiver peut venir. Mon frigo est plein !

Mes petites tomates confites…

Mes grosses tomates en sauce…

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