Concert au Proulailler

par Monique Désy Proulx
juin 2012

Chaque année, j’organise au Proulailler un concert avec mes élèves, comme une rencontre amicale, suivie d’un coquetel dans le jardin pour échanger entre nous, après le moment musical. Ce printemps, cette belle rencontre a eu lieu par un dimanche après-midi radieux, au milieu des fleurs et des oiseaux.

Parmi tant d’autres choses, la musique est un don de soi. Et les artistes en herbe ont tous donné d’eux-mêmes ce jour-là, depuis Adrien, le petit garçon de cinq ans et demi qui a grimpé sur un tabouret pour aller pincer librement et directement les cordes sur la table d’harmonie, dans une pièce de son cru que nous avons intitulée Jeu de harpe, jusqu’à Paul-André, mon élève de cinquante ans qui m’a accompagnée tandis que je chantais L’Indifférence, d’André Gagnon et Michel Tremblay, un très bel air qu’interprétait Renée Claude dans la pièce Émile Nelligan.

Entre ces deux extrêmes, on a vu défiler des enfants, des adolescents et des adultes qui ont tous travaillé jour après jour, parfois guidés par leurs parents, parfois seuls dans un milieu non musicien, et qui ont appris peu à peu à apprivoiser le clavier.

De prime abord, ces quatre-vingt-huit touches blanches et noires semblent toutes pareilles, mais en découvrant les liens qui les unissent, on finit par donner à chacune une identité propre. On apprend que certaines vont bien ensemble et que d’autres ne s’accordent pas.

Milan Kundera, l’auteur de L’Insoutenable légèreté de l’être, lui-même musicien et fils de musicien, raconte comment son père lui parlait de musique lorsqu’il avait cinq ans : « Chaque tonalité est une petite cour royale. Le pouvoir y est exercé par le roi (le premier degré) qui est flanqué de deux lieutenants (le cinquième et le quatrième degré). Ils ont à leurs ordres quatre autres dignitaires, dont chacun entretient une relation spéciale avec le roi et ses lieutenants. En outre, la cour héberge cinq autres notes qu’on appelle chromatiques. Elles occupent certainement une place de premier plan dans d’autres tonalités, mais elles ne sont ici qu’en invités.

Parce que chacune des douze notes a une position, un titre, une fonction propres, l’oeuvre que nous entendons est plus qu’une masse sonore : elle développe devant nous une action. Parfois, les événements sont terriblement embrouillés (par exemple comme chez Mahler ou plus encore chez Bartok ou Stravinski), les princes de plusieurs cours interviennent et tout à coup on ne sait plus quelle note est au service de quelle cour et si elle n’est pas au service de plusieurs rois. Mais même alors, l’auditeur le plus naïf peut encore deviner à grands traits de quoi il retourne. Même la musique la plus compliquée est encore un langage. »

Ce texte est tiré du Livre du Rire et de l’Oubli, où Kundera parle abondamment et intelligemment de musique.

Pour ma part, je n’explique pas tout ça à mes élèves, surtout quand ils ont cinq ans ! Cependant, je les incite à connaître ces tonalités qui nous permettent d’improviser ensemble et de nous amuser librement au piano. Je m’installe dans les basses, je crée un accompagnement disons en do mineur, et je demande à l’élève de jouer les cinq premières notes de cette gamme. Une fois que cela est entré dans les doigts et dans le rythme, alors je propose à l’élève d’apporter ses propres variantes sur les cinq petites notes toutes simples qu’il vient de jouer. Certains raffolent de cette activité et plusieurs font preuve d’un très bon sens mélodique et rythmique. C’est presque devenu la récompense pour ceux et celles qui ont bien travaillé leurs pièces.

Le jour du concert, en plus de présenter les oeuvres — patiemment travaillées — de Clementi, de Chostakovitch, de Bach ou de Kabalevsky, tous mes élèves ont défilé au piano, chacun y allant de sa propre improvisation.

Je ne sais pas s’ils en retiendront quelque chose, mais pour ma part, j’aurais raffolé apprendre cela quand j’étais petite. Et aujourd’hui, quand j’enseigne, je ne me fatigue pas, car j’ai autant de plaisir à jouer avec mes apprentis musiciens que j’en ai à jouer toute seule !

 

 

 

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Une réponse à Concert au Proulailler

  1. Gérard Chagnon dit :

    Bonjour,

    je suis l’ami de Chantal Lafortune rencontré au Planétarium ce samedi.

    J’aimerais être sur votre liste d’envoi pour être informé des activités au Proulailler.

    J’aimerais aussi savoir s’il est possible de produire des spectacles ou plutôt récital de chant visant un petit auditoire.

    Je m’occupe de la promotion d’une amie (Céline Raymond) qui chante de la chanson francophone accompagné du pianiste du groupe Triosphère (Dominic Bouliane).

    Merci

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