• Un printemps… politique !

par Monique Désy Proulx
mai 2007

On dit qu’il faut s’occuper de politique, sinon… c’est la politique qui s’occupe de nous? Eh bien, rien n’est plus vrai. J’en ai eu la preuve ce printemps. Voici mon histoire. Elle commence il y a environ un an.

Nous sommes en août 2006 et je marche d’un bon pas pour me rendre chez mon esthéticienne, Danielle, dans mon quartier le Vieux-Maisonneuve. En passant devant le beau parc Morgan, je découvre que la clôture ornementale en fer forgé qui longe la rue Sainte-Catherine a disparu. Premier réflexe : « On l’a enlevée pour la restaurer ? » Mais aussitôt, le doute : « J’ai si peu confiance en nos dirigeants, si peu de témoignages de bonne gestion et de projets emballants de leur part que je me méfie… Qu’est-ce qui se passe ici ? » Me promettant de m’informer pour en savoir plus, je vais à mon rendez-vous, je repasse ensuite devant le parc défait de ses atours et, une fois à la maison… j’oublie tout ça !

Ainsi va la vie. On a tant de choses à faire et à penser. Cependant, quelque temps plus tard, je reçois un courriel d’un voisin qui, lui, s’est décidé à faire son enquête et a découvert que la clôture n’est pas partie à l’hôpital pour une cure de rajeunissement, non, elle a plutôt été arrachée sciemment, coupée grossièrement au chalumeau, sous ordre de l’Arrondissement de Mercier-Hochelaga-Maisonneuve, qui obéissait ainsi à une demande de l’Association des marchands de la rue Sainte-Catherine !

J’ai alors bondi. Trop, c’était trop. Je vois les arbres tomber par dizaines le long de la piste cyclable, dans une indifférence totale et sans aucun projet de les remplacer par de jeunes plants, je vois qu’on pave à qui mieux mieux le sol des lieux publics avec du ciment, ce qui fait plaisir aux compagnies de pavés, je vois qu’on démolit des maisons anciennes, ce qui fait plaisir à des promoteurs de centres commerciaux, et maintenant, je vois une clôture ouvragée, faite à la main, baguée et rivetée, sans soudure, témoignage d’un art disparu, héritage d’un riche passé, se faire jeter aux poubelles pour faire plaisir à quelques marchands qui veulent empêcher les chiens d’aller courir au parc et pour permettre à un organisateur de foires commerciales d’avoir toute la place pour lui… deux fois par année. Et les citoyens, eux ? Et les trois cent soixante-trois autres jours de l’année ? Quand on veut obtenir quelque chose, on se fait dire qu’il n’y a pas d’argent, et quand on a des richesses, on choisit de s’en priver ? Dans un quartier que l’on dit pauvre, alors qu’il est si riche de biens publics, on nous dépouille de nos trésors ?

Avec quelques citoyens de mon quartier, nous avons fondé un groupe, Les Amis du parc Morgan, pour réclamer le retour de la clôture. Nous avons lancé une pétition qui a remporté beaucoup de succès dans le voisinage, nous avons rencontré les commerçants du quartier qui, pour la plupart, se sont montrés aussi choqués que nous de la demande de leur association et de la servilité des pouvoirs publics, nous avons émis des communiqués, nous avons organisé une conférence de presse et nous avons suscité l’intérêt de plusieurs médias.

À la conférence de presse, fin avril, au Théâtre Denise-Pelletier, il y avait parmi nos invités la comédienne Angèle Coutu et la chanteuse Louise Forestier. Toutes deux ont choisi le quartier pour y habiter. Il y avait aussi une journaliste de Radio-Canada qui s’est mise en frais d’en savoir plus sur cette décision abracadabrante qui consistait à démanteler un parc historique en lui retirant sa clôture.

La journaliste, Émilie Dubreuil, a joué l’enquêteuse dans un reportage captivant diffusé à l’émission Macadam Tribus (vendredi 27 avril 2007). Cherchant la clôture dans les hangars de la Ville, elle a découvert qu’elle avait été… volée !!!

http://www.radio-canada.ca/radio/emissions/document.asp?docnumero=36473&numero=62

Eh oui, tant de boulot pour apprendre que les élus obéissent aveuglément aux marchands! Tant de boulot pour s’apercevoir que les autorités ignorent ou font semblant d’ignorer la valeur des choses (cette clôture valait de 150000$ à 200000$)! Tant de boulot pour se retrouver dépouillés d’un bien collectif, d’un ornement qui faisait partie du parc et du quartier depuis près de quatre-vingts ans.

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