• Le Bistro Valois

Monique Désy Proulx

Depuis l’été dernier, je suis intriguée par Le Valois, ce bistro français de la rue Ontario qui donne sur la place Valois. Il y a quelques années à peine, ce petit parc en diagonale abritait une gare de train, avec stand à frites et terrasse pour les déguster. Aujourd’hui, nos élus ont fait raser la gare et pavé le sol «mur à mur», selon leur goût affiché pour les dalles de style mortuaire… Au lieu d’un jardin de ville, où l’on jouerait à la pétanque et où les amoureux se bécoteraient sur les bancs publics, ils ont préféré nous offrir un funérarium. Je me suis sentie bien triste en découvrant cet aménagement inhospitalier, quand il fut inauguré. Certains de mes semblables, se plaignant alors à l’arrondissement, se sont fait répondre par une certaine mairesse que cela valait mieux «pour ses talons hauts»! De telles considérations m’ont incitée à porter sur ces lieux un regard circonspect. Or, durant l’été 2007, j’ai vu qu’on y ouvrait un restaurant. Quelle sorte de commerce cela allait-il être?

Eh bien, je l’ai su mercredi dernier, 5 mars, en m’y rendant souper !

D’abord, l’endroit est aménagé avec goût : on y trouve des meubles en bois clair, de grands miroirs, des plafonds aux verres colorés, des éclairages indirects et un long comptoir assorti de banquettes. Pour concevoir ce décor, on a retenu les services d’un des designers les plus appréciés de Montréal, Luc Laporte, qui a signé des établissements reconnus comme l’Express de la rue Saint-Denis ou le Club Soda de la rue Saint-Laurent. Pour les oreilles, la musique est bonne, pas trop forte, favorisant la conversation : jazz, chanson, piano, guitare… Pour la vue, un mur entièrement vitré donne sur ce « parc » sans herbe et abandonné l’hiver… N’empêche, ça laisse entrer la lumière du jour et la blancheur de la neige. C’est agréable. Dehors, il y a une grande terrasse à l’européenne où l’on s’installera l’été venu, pour voir passer les gens tout en dégustant un café bien corsé ou encore… une fricassée de champignons et d’escargots.

C’est ce que j’ai choisi comme entrée, mercredi : un régal ! Le dos de saumon qui suivit me fit autant plaisir. Et je me délectai de quelques bouchées du filet de bœuf, sauce au poivre et au whiskey, qui me zieutait dans le plat de mon compagnon. Pour finir, nous nous sommes sucré le bec avec un fondant au chocolat joliment présenté… Menu classique, dans la tradition des « brasseries françaises ». Pourtant, l’approvisionnement, lui, est bien québécois, car le Valois se ravitaille chez les commerçants locaux. Le pain, délicieux et croustillant, vient de la boulangerie Arhoma, juste à côté, le chocolat des desserts sort directement des voisins, Praline et Chocolat, et la viande, de la célèbre Boucherie Beau-Bien, sur la rue Ontario. Les proprios tiennent à ce maillage avec le milieu.

Qui sont-ils, ces restaurateurs ? Des gens d’affaires qui se sont fait offrir le terrain, à la condition de le décontaminer, ce à quoi ils ont consacré près d’un demi-million de dollars. Il paraît qu’à bien des endroits, le quartier doit subir ce genre de cure. Il faut donc des investisseurs aux reins solides et remplis de foi en l’avenir d’Hochelaga-Maisonneuve. Pour l’instant, ces aventuriers rongent un peu leur frein, car la manne tarde à tomber… « Ça viendra dans quelques années », dit le maître d’hôtel.

« Pourquoi pas tout de suite, qu’est-ce qui manque ? », ai-je demandé à ce Français d’origine qui habite la légendaire rue des Pignons. « De la culture, madame, voilà ce qui manque, m’a-t-il répondu doucement. Un cinéma, une librairie, un magasin de disques, c’est toujours la culture qui fait marcher le commerce… »

La culture… Bien sûr, puisque la culture c’est la vie ! Et s’il y en avait dans le parc, de la vie, plutôt que ces sordides dalles trop lisses? Les clients du bistro Le Valois auraient alors de quoi se mettre sous les yeux ! En mangeant leurs frites et en buvant leur vin, ils reverraient peut-être l’ombre des milliers de badauds d’hier, assis juste en face, à la terrasse du café de la gare, cette gare Valois qui a malheureusement disparu sous les dalles bétonnées.

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Une réponse à • Le Bistro Valois

  1. Merci de nous faire connaître ce petit coin de ville et ce petit Bistro Valois… que je me ferai un plaisir de visiter lors de mon prochain détour dans l’est de la ville. Il a raison le petit monsieur français: de la culture, de la culture et de la culture… et aussi de la vie, de la densité et un environnement invitant et agréable.

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