• L’argent, on l’a déjà!

Monique Désy Proulx
juin 2008

Nous sommes en juin de l’année 2008 et voilà que la Ville de Montréal nous parle de péages et de «responsabilité sociale» pour les banlieues. Son porte-parole, M. André Lavallée, évoque une nouvelle taxe pour financer le transport en commun… Pendant ce temps, la Ville accepte la proposition du gouvernement Charest de dépenser des milliards de dollars pour de nouvelles infrastructures autoroutières en milieu urbain, et de surcroît dans des quartiers historiques.

Hé, l’argent, on l’a déjà! Pourquoi ne le consacre-t-on pas tout de suite à du transport en commun, à du train, à du métro hors-terre, à du Nouveau Tramway?

Sur la «rue» Notre-Dame, dans l’est, les citoyens demandent depuis des mois et même des années que l’on consacre l’argent public à du transport public. La congestion sur cette artère est-ouest, ainsi que sur l’ensemble de l’autoroute Ville-Marie, est constituée d’un trafic pendulaire, c’est-à-dire de voitures qui circulent le matin et le soir, simplement pour aller travailler et pour en revenir.

Je suis bien placée pour le savoir, mon bureau est situé directement en face et je peux dire qu’en ce moment même, un vendredi après-midi, à 4h32, il n’y a pas plus de voitures sur Notre-Dame Est qu’il y en a sur le boulevard Saint-Joseph, et peut-être même moins!

Or, on s’apprête à dépenser presque 1 milliard de dollars seulement pour bétonner ce segment et en faire une nouvelle autoroute (malgré le nom de «rue» que nos spécialistes du marketing continuent à lui donner), et ce montant sera majoré par la flambée des prix du pétrole, les routes étant construites avec du pétrole, ne l’oublions pas…

Tous ces milliards sans mettre un sou sur la revitalisation des quartiers historiques du sud de l’île, qui ont tant souffert du parti-pris de nos politiciens pour la voiture, sans mettre un sou sur l’ouverture de fenêtres vers le fleuve à l’est du pont Jacques-Cartier, ce qui enrichirait tellement Montréal, et sans mettre un sou sur une ligne de tramway d’est en ouest, de Repentigny à Dorval, le long de Notre-Dame et dans l’emprise de Ville-Marie, ce qui libérerait des milliers de personnes et de familles du poids d’avoir à soutenir les dépenses allant avec l’achat et l’entretien d’une voiture ou deux, et même plus, car l’est de l’île est affreusement mal desservi en transport en commun.

Dans Hochelaga-Maisonneuve, les autobus passent aux 35 minutes!! En plus, ils n’emmènent même pas leurs passagers au-delà de la rue Papineau! Est-ce normal? On est à côté du Vieux-Port, à côté du centre-ville, ça prend 15 minutes en vélo pour se rendre sur Saint-Denis, mais on fait comme si ces quartiers étaient situés à l’autre bout du monde, dans des coins perdus.

Pourquoi inventer une nouvelle taxe? La richesse est là, les solutions sont là. Il suffit d’investir notre argent à la bonne place. Et la bonne place, ce n’est pas dans de nouvelles autoroutes en milieu urbain. Pas plus que dans de nouvelles autoroutes dans les meilleures terres agricoles du pays.

La bonne place, c’est dans le train et le tramway, c’est dans la mise en valeur de nos plans d’eau et de nos terres. On aimerait voir chez nos dirigeants un peu plus de sens de l’histoire et du territoire, s.v.p.

Monique Désy Proulx

Cette entrée a été publiée dans Commentaires sur Montréal. Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

Une réponse à • L’argent, on l’a déjà!

  1. Ah oui, il y avait à Québec cette rue couverte dans laquelle habitait mon ami Armel Larochelle… C’était vraiment typique, mais lors de ma visite, il n’en restait qu’un petit bout. Le reste avait été détruit pour permettre le passage des voitures.
    Depuis, on a détruit le reste. Quel dommage…
    Je peste après les Français, mais ce que je lis sur certains blogues québécois ne me rassure pas du tout !!!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *