• Zut, zut et rezut ! Ras le bol de la rectitude

Je lis sur mon écran les échanges de mes collègues réviseurs linguistiques, qui s’écrivent sur le mode électronique pour se renseigner, se solliciter, se relancer, se féliciter, se sermonner. Cela concerne parfois une phrase de Voltaire sur la compréhension entre les humains, parfois l’inébranlable obligation de placer la préposition « à » devant une série de compléments. Fascinant.

Je regarde défiler ces échanges comme une privilégiée, petit oiseau caché sur le bord de la fenêtre, épiant une conversation. Je pourrais m’en mêler aussi, sans doute, mais je ne sais pas encore comment m’y prendre. Ça viendra. Pour le moment j’observe.

La toute première fois que j’ai pris connaissance de cette tribune électronique, j’ai lu un texte où l’on utilisait l’expression « en autant que », ce qui m’avait fait légèrement sursauter. Cette expression n’est-elle pas fautive, comme je l’ai déjà appris ? Depuis ce jour lointain, je traque le « en autant que » avec un joyeux acharnement de réviseure.

J’aimerais discuter de la question avec l’auteure de cette missive… Or, dès le lendemain, un autre membre du forum enchaîne sur le sujet, parle presque à ma place et demande poliment à cette dame si ce n’est pas une faute d’utiliser cette expression, comme il l’a déjà appris ? Il précise sa pensée, fait part de ses pistes de recherche et cite l’auteur de l’ouvrage dont il se réclame, qui préconise plutôt l’usage du « pourvu que ».

Ça y est. Il y aura un débat. Je le suivrai passionnément. Étant toujours prête à douter de tout, en bon esprit scientifique que je suis, j’ai hâte d’entendre les arguments pour et les arguments contre. Cette question intéresse sans doute 0,0000000001 % de la population de la Terre. Qu’importe ! J’ai la chance d’appartenir à cette espèce rare des gens qui travaillent avec les mots de la langue française et dont le cerveau s’allume lorsque vient le temps de débattre de la pertinence de proscrire ou d’utiliser l’expression « en autant que ».

Hé pourtant, non ! Le débat n’a pas eu lieu ! Les échanges ont vite bifurqué vers d’autres considérations.

À savoir ? Que pour clavarder, il fallait s’abstenir de commenter la forme. Que cette tribune ne devait pas servir à ce genre de sujet. Que pour inciter les gens à s’exprimer librement, il fallait ne jamais poser de jugement sur leur style.

Moi qui me croyais avec des passionnés du français ! Le type qui a soulevé la question s’en est sans doute mordu les doigts et a même fini par s’excuser. Je l’imagine s’être dit, tout comme moi : zut, zut et rezut !!!

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