• Feu, feu, joli feu!

Monique Désy Proulx
pour le journal Guyane-Québec
21 mars 2009

Bleu, bleu, l’hiver est bleu, comme l’amour et comme la rivière qui allonge ses pastels dans l’après-midi des jours, quand le soleil joue avec les cristaux…  Qui a dit que l’hiver était blanc et plate !? L’hiver est rempli de couleurs et c’est la plus joyeuse des saisons !

En tout cas, moi, cet hiver 2009 je l’ai aimé, logée derrière les nombreuses fenêtres de mon Proulailler, ou j’ai élu domicile en novembre dernier. Les sapins couverts de flocons, la rivière enneigée, la plaine tout autour comme un mini-Grand-Nord, l’air cristallin, les matins brillants, le silence, tout, j’ai tout aimé.

Quand il faisait beau, j’ai marché sur la grande rivière Richelieu, en face, qu’on appelait autrefois la Rivière des Iroquois, allant du Lac Champlain jusqu’à Sorel. Je partageais la promenade avec des skieurs et des motoneigistes. Près de la rive, des gens déblayaient la neige pour se faire des patinoires. Les enfants avec les parents, le ciel bleu, le soleil jaune et le sol blanc, une petite île isolée au milieu des glaces, l’horizon lointain, tout cela faisait un bien beau tableau.

Les jours de tempête, y’avait le vent battant les arbres, le ciel couvert, les bancs de neige s’accumulant devant la maison, et puis M. Jeannotte, le déneigeur, qui venait ouvrir mon chemin avec son tracteur, une première fois à cinq heures du matin, puis, une deuxième fois dans la journée, pour peaufiner le travail. Il s’occupe bien de son monde, M. Jeannotte.  Et il est si habile à manoeuvrer sa grue, c’est comme une danse !

Les lendemains de bordées, la nature devenait tellement-tellement-tellement belle, avec les conifères verts ployant sous les blancheurs enneigées, les glaces mauves, les ombres violettes, les ciels roses de fin d’après-midi, l’éclat diamanté des champs de blé, le jour brillant comme la lumière, les nuits percées d’étoiles par milliers… L’hiver est d’une splendeur époustouflante !

Et puis le feu, le feu… J’ai cordé du bois, fendu des bûches, rentré des brassées, trouvé du bois d’allumage, gardé le papier journal, découpé du carton, rempli le poêle, brassé la flambée et joui de sa chaleur. J’ai ressorti avec émotion la hache que m’avait offerte un jour de Noël mon ami Robert Meilleur, lui qui trois ans plus tard, attaqué par un vilain cancer, finissait abruptement le voyage de sa vie.

Aujourd’hui, le printemps vient de commencer. La glace a disparu d’un coup sur la rivière, l’eau coule et brille à nouveau, et les oiseaux se sont pointés chez moi. J’ai vu un pic-bois chercher la branche idéale à piquer, un cardinal rouge sur un arbre perché et, ce matin, un gros merle d’Amérique qui, en sautillant, s’est approché de ma porte d’entrée. Et puis les oies, les centaines d’oies qui jacassent sur l’île, en face, le soir avant de s’endormir, comme des adolescents sous la tente ou des filles dans un dortoir…  Y’a pas à dire, l’hiver est fini !

Avant de le laisser partir pour de bon, je le retiens un dernier coup en vous offrant le poème qui suit, de mon ami Robert. Il l’avait inséré avec son cadeau qui, depuis, accompagne fidèlement mes hivers…

*******

UNE HACHE POUR MON AMIE POÈTE

de Robert Meilleur
(décembre 2000)

Quelle étrange idée
que d’offrir à une femme poète
cet outil primitif…

Une plume d’oie, un encrier ou du papier-parchemin
n’auraient-ils pas été des présents plus appropriés,
plus appréciés par cette femme ?

Pourtant, je n’ai pas hésité à lui donner cet objet
que peu de femmes possèdent !
Je commence à connaître cet étrange personnage, à qui
— je le sais maintenant — peu de femmes ressemblent.
Je sais également qu’elle saura apprécier ce modeste présent
et qu’il sera bon pour son corps, son cœur, sa tête et son âme.

Le corps se cambre pour rompre la matière.
L’œil et les mains savantes guident le tranchant de la lame.

L’odeur de bois fraîchement fendu,
les couleurs libérées qui veillaient sous l’écorce,
la vaillante étreinte de son bras retenant contre elle les bûches,
le geste presque religieux de s’accroupir devant l’âtre
et d’y déposer sa précieuse offrande,
la réconfortante sensation de craquer une allumette
et la douce chaleur qui s’empare de vous…

Voilà de quoi, silencieusement, sera complice
l’objet que je lui offre aujourd’hui : une hache.
***

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2 réponses à • Feu, feu, joli feu!

  1. klayrine dit :

    Wow ! Monique tu as une belle plume, j’ai lu des parcelles de ta vie qui a l’air plutôt heureuse ? Dis-moi donc !

    Klayrine

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