• Le temps chaud…

par Monique Désy Proulx
pour Guyane-Québec
été 2009

Le printemps est fini, c’est enfin l’été. Tellement l’été que mes lunettes tombent de mon nez, la sueur servant de lubrifiant…  Hier, c’était la Saint-Jean, je l’ai fêtée dans mon nouveau village, au bord du Richelieu, sur la place publique, la façade d’église pavoisée de drapeaux fleurdelisés, un méchoui dans le parc en face, des tables couvertes de nappes

blanches, des enfants qui jouent au ballon, des chansons de Vigneault dans l’après-midi sur le parterre de l’ancien presbytère, un spectacle de musique folklorique sur le parvis de l’église le soir venu, et entre les deux, à l’heure du chien et du loup, j’ai moi-même chanté quelques chansons québécoises avec mon accordéon pour réchauffer le public.  Je n’étais pas seule, je faisais tout ça avec le directeur de la maison de la Culture du village, sa fille violoniste, et deux hommes dont l’un chantait avec une voix de stentor, la voix du village, celle qu’on prenait autrefois pour entonner le minuit chrétien à Noël.  Tout ça donnait un portrait bucolique des lieux, le beau temps étant au rendez-vous sans l’ombre d’une hésitation.  Et ce fut pour moi l’occasion de me présenter à mes nouveaux concitoyens.

Il en faut des moments comme ceux-là pour que les uns voient les autres, se posent des questions, se présentent, se découvrent.  Les villages québécois ont tout intérêt à se regarder ainsi dans le miroir s’ils veulent s’épanouir, pas s’agrandir et devenir une réplique de la ville, non, plutôt tirer parti de leur spécificité.  Sinon, ne risquent-ils pas de devenir de simples dortoirs dont les jeunes s’enfuient dès qu’ils le peuvent ?

Pour ma part, je me suis installée ici avec l’intention d’y finir mes jours, alors j’observe les lieux attentivement, avec l’espérance d’y trouver un milieu de vie plutôt qu’une occasion de spéculer. Chez moi, ce sont les arts qui servent d’occasion de réunion, et surtout la musique. Quand on chante ensemble, quand on danse ensemble, après, les choses ne sont plus pareilles.  On a beau se disputer, se colletailler, s’affronter, se heurter sur des pieds carrés de propriété ou des arbres non coupés, sur des chiens qui aboient trop fort ou des coqs qui se réveillent trop tôt, on a beau avoir toutes les divergences du monde, si on a chanté ensemble, si on a dansé ensemble, on ne peut plus ne pas savoir que l’autre est comme soi, identique, même s’il est différent. Tout comme soi, l’autre contient un monde et possède une histoire. Et en chantant ensemble, en dansant ensemble, l’autre devient une partie de soi.

L’été, c’est plus facile de se voir, il y a de grandes fêtes comme celle de la Saint-Jean qui nous en donnent l’occasion. Profitons-en pour nous parler, chanter et danser. Après, quand tout cela sera terminé, quand la neige sera revenue et que nous serons retirés, chacun dans la chaleur de sa maison, alors nous saurons que nous ne sommes pas seuls, nous penserons qu’il y a ici ou là un voisin, une voisine, des enfants, un vieillard, des souvenirs, une rivière qui coule, un champ où  pousse le blé, des arbres d’où tombent des pommes, tout ce monde coloré et plein à craquer qui fait notre vie.

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