• Le printemps des beaux dimanches…

Monique Désy Proulx
16 juin 2010

Mon printemps a été marqué par trois événements, trois beaux dimanches de fêtes en musique et en vivaces, à un mois d’intervalle : dimanche 18 avril, dimanche 16 mai, dimanche 13 juin.

D’abord en avril, j’ai chanté au Château Saint-Antoine, cette construction rocambolesque, ce trip fou d’un architecte québécois, canadien-français devrais-je dire, qui est allé se promener au Maghreb vers 1870 et qui en est revenu follement amoureux de l’architecture mauresque, style que l’on associe aux palais marocains… L’architecte voyageur suggéra alors à un de ses riches clients de se construire une demeure inspirée par des arabesques orientales, des crénelages et d’élégantes arcades. C’est ainsi qu’un M. Cartier de Saint-Antoine, cousin d’un des pères de la Confédération canadienne, Georges-Étienne Cartier, s’est retrouvé propriétaire de ce qui s’appelle aujourd’hui le Château Saint-Antoine et qui sert de cadre à de luxueuses noces. C’est aussi là que j’ai chanté au printemps, le 18 avril, lors d’un spectacle visant à recueillir des fonds pour mettre sur pied une coopérative d’alimentation, un marché assorti d’un bistro, le tout portant le nom un peu bancal de Magasin Général… Je vous ai déjà parlé de ce projet et aujourd’hui il est en marche.

J’avais préparé un répertoire de circonstances, je chantais entre autres Tout va très bien Madame la Marquise, chanson que j’ai dédiée à Mme Raymond, l’actuelle propriétaire des lieux, une Française que j’imagine très bien pendant un séjour en France appeler son concierge, ici au Québec, pour lui demander si tout va bien au château, celui-ci lui répondant innocemment que oui, tout va très bien, à part le fait que la Jaguar a sauté, que le garage s’est effondré et que, tant qu’à y être, eh bien le château a brûlé… mais à part ça, Mme Raymond, tout va très bien, tout va très bien, lalalala ! En ressortant cette vieille chanson des oubliettes, j’ai fait rire notre hôtesse à gorge déployée ainsi que toute la salle. L’événement a obtenu tout le succès désiré et nous avons recueilli cinq mille dollars en un après-midi ! Je crois que j’y ai été pour quelque chose, car les gens étaient de bonne humeur, ce qui les a aidés à ouvrir leurs goussets.

Cet événement terminé, j’ai commencé à organiser mon « party de vivaces ». J’invitais des amis à m’apporter des vivaces pour que nous les plantions ensemble, avant de nous asseoir pour célébrer le printemps avec des bouteilles de mousseux et d’autres nectars sacrés. Or, pour recevoir ces vivaces et ces gens, il me fallait préparer les plates-bandes, désherber, ramasser les traîneries, laver la maison et dégager le terrain. Bref, je n’ai pas arrêté une minute et quand le jour J est arrivé, le dimanche 16 mai, il faisait un temps à ravir et mes amis sont venus avec des dizaines de plantes à mettre en terre. J’en ai eu ensuite pour des jours à m’éreinter afin d’éviter que meurent ces petits bébés chéris.

La journée s’est déroulée à merveille, ce fut du bonheur au cube. Mais dès qu’elle fut terminée, je me suis mise en route pour un autre événement, cette fois mon concert d’élèves, qui avait lieu ici un mois plus tard, le dimanche 13 juin. Entre-temps, je voulais peinturer l’extérieur de ma maison. J’ai donc revêtu mes oripeaux de peintre en bâtiment, acheté des gallons de peinture, des pinceaux et des rouleaux, loué des échafaudages et c’était parti, mon chantier était ouvert. J’ai réussi à le fermer une heure avant l’arrivée des élèves, le 13 juin dernier, pour la générale à laquelle je les avais convoqués. Entre deux coups de pinceau, je pratiquais mes pièces et j’envoyais mes invitations. Ouf ! Que de stress…

Cependant, la musique est bien vivante et mes vivaces aussi. La plupart de celles que j’ai plantées en mai attendent encore pour fleurir et j’aimerais que vous y soyez quand elles vont éclore, car la beauté donne envie de partager. C’est comme la musique, on a beau ne pas aimer se montrer en public et ne pas être exhibitionniste, on a beau être timide même, la musique incite à partager. Et quand ça fait huit ou neuf mois qu’on travaille une pièce tout seul dans son coin, il faut la mettre au monde devant les gens. Ça rend chacun heureux, je pense, aussi bien ceux et celles qui la font que ceux et celles qui la reçoivent. Pourtant, c’est difficile et même dangereux, car si on se trompe, si on se plante, on peut avoir l’air fou, on peut se sentir nul, on peut en arriver à se dire qu’on n’a pas sa place sur scène, qu’on n’a même pas sa place tout court. C’est peut-être alors le temps de réfléchir à cette idée d’André Malraux, qui affirmait que « la vie ne mérite pas d’être vécue, mais plutôt d’être vaincue ». C’est l’effort et l’intention que l’on met à réaliser les choses qui leur confèrent leur valeur. C’est l’amour et l’énergie qu’on insuffle à nos actions qui les rendent fortes et qui leur donnent de l’élan.

Ainsi en fut-il de mes élèves, dimanche dernier, qui ont surmonté leurs craintes de jouer en public et de chanter devant les gens, sans microphone, sans éclairage, sans artifice, pour donner aux autres et se donner à eux-mêmes de petits moments d’éternité. Ce sont ces moments qui servent de finale à mon printemps 2010.

L’été peut maintenant arriver. Je suis prête !

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