Une promesse d’enfant

Monique Désy Proulx
2010

L’hiver se pointe le nez pour une troisième fois depuis que j’ai acheté mon Proulailler. Tempus fugitCe matin, mon pays est blanc, la lumière éclate de partout et le feu brûle dans ma cheminée. 

Mon Proulailler en hiverDeux ans déjà
Je suis arrivée ici au début de novembre 2008. Pendant les premiers mois, j’ai organisé mon intérieur, puis au printemps j’ai organisé mon extérieur. Le terrain étant presque couvert d’asphalte, j’ai arraché, nivelé, creusé, drainé et semé. À l’automne, j’ai fait abattre des érables «à giguère», j’ai dressé une clôture de treillis sur cent pieds de long et j’ai planté de nouvelles essences, arbres et arbustes. Le printemps est venu et j’ai peinturé la maison. J’ai fait mon jardin. Puis, j’ai dit ouf !

Un autre été et un autre automne ont passé. Maintenant, me voilà mûre pour tenir une promesse. Une promesse d’enfant.

La promesse
J’avais neuf ou dix ans et j’étais dans une classe privilégiée de dix-huit petites filles lorsqu’une religieuse qui enseignait le français nous demanda une composition sur un sujet très important : que voulions-nous faire plus tard ? Avant de rédiger, elle nous suggérait toujours de faire un rituel qui allait me rester. Elle nous conseillait de ne pas écrire tout de suite et de laisser plutôt monter les idées, sans forcer.

Personne ne suivait sa consigne. Je voyais les filles sauter sur leur crayon et noircir leur cahier d’écolière. Moi, j’étais trop contente d’avoir reçu comme consigne de paresser. Couchée sur mon bureau, passive, j’attendais l’inspiration. Parfois, les images arrivaient quelques minutes seulement avant que la fin de la période et alors, la plume bondissait sur le papier, j’avais peine à suivre ! Et j’étais toujours parmi les premières en français. La sœur, qui aimait me lire et m’entendre, me recommandait des romans à lire et me gardait souvent après l’école, pour m’écouter en parler.

Le jour où elle nous demanda ce que nous voulions faire plus tard, j’ai agi comme d’habitude : la tête entre les bras, je me suis posée sur mon bureau et j’ai regardé dehors. J’observais les oiseaux dans les arbres et j’attendais, persuadée que l’idée viendrait. Et en effet, elle est venue. Je m’en souviens comme si c’était hier : j’étais dans un jardin verdoyant avec, au beau milieu, un pavillon de bois blanc. C’était ma demeure. Il y avait un piano et j’en jouais. Il y avait un atelier et j’y peignais. Et puis, il y avait une table à laquelle je m’assoyais pour écrire.

Cette vision fugitive m’est toujours restée et c’est pour la concrétiser que, quarante plus tard, j’ai acheté mon proulailler. Comment résister à l’envie de réaliser ses rêves d’enfant quand ils se présentent à vous de façon si concrète, même après tout ce temps?

J’ai couvert le pavillon de vert plutôt que de blanc. Pourtant, il ressemble drôlement à celui de mon rêve. On y trouve un jardin, un piano et des pinceaux. Il invite à jouer, à peindre et à écrire, même si la table de travail est devenue ordinateur.

Le temps de l’hibernation
Aujourd’hui, l’hiver commence et je me pose, la tête entre les bras. J’accueille les idées. Le sujet, c’est moi-même qui me le donne. Cette fois, ce n’est pas une composition que j’ambitionne d’écrire, mais un livre. Il y sera question de musique et d’art. J’y parlerai, entre autres, des liens qui unissent les couleurs et les sons. Et je dirai ce que la musique m’apprend : que le monde imaginé devient réalité. Et aussi qu’elle aide à vivre, cette musique que l’on chante et que l’on danse.

Voilà mon songe d’une journée d’hiver. En vous en parlant, je m’engage. Et je le fais sciemment. Il y a des promesses qu’il faut s’obliger à tenir.

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