• Avoir cinquante ans et fêter ça

Cette année, j’aurai cinquante ans ! Déjà. Pour moi comme pour tout le monde, le temps a passé, inexorable… Je me souviens de mon père à cet âge : « J’ai la moitié d’un siècle ! » À mon tour maintenant.

Et j’en suis bien contente. Si j’ai cinquante ans, c’est que je suis vivante ! J’ai marché sous la pluie, le soleil et la neige. J’ai senti l’épinette en forêt et les algues à la mer. J’ai admiré le fleuve à l’heure magique où le vent tombe, quand tout s’arrête pour faire place au silence. J’ai connu la ville, fermé des bars, roulé à vélo à cinq heures du matin. J’ai été pensionnaire, révolutionnaire, démissionnaire, actionnaire, préposée aux bénéficiaires. J’ai vu le ciel et aussi l’enfer. J’ai dansé, chanté, parlé, aimé, ri et pleuré. Aujourd’hui, les yeux grands ouverts, la tête pleine d’idées, j’ai l’esprit libéré des fantômes qui me hantaient.

Une amie m’a dit : « Ce sera ta plus belle dizaine ». Je la crois. Voici venu le temps de la récolte et de la lucidité. Ma vie est devant. L’éternité commence aujourd’hui.

Adieu la femme de quarante ans ! Qu’elle rejoigne les autres Monique, celles qui ont eu dix ans, vingt ans, trente ans… Enterrons-les. Toutes ! Je vous invite à de joyeuses funérailles. Ce sera aussi un baptême, car une artiste se met au monde. De plus, ce sera un mariage. Cette fois c’est vrai. Je m’aime, je m’aime, c’est tout ce que je sais dire. Enfin !

Le jour des noces, il y aura banquet avec omelette norvégienne flambée pour dessert… Je présenterai aussi, sur scène, une rétrospective du chemin parcouru. Ma nouvelle vie commencera par une récapitulation. Je me raconterai, à moi-même et aux autres. En Occident, on reçoit des cadeaux à son anniversaire. En Afrique, on en donne. Je serai donc Africaine et je vous offrirai… ma musique. Moi qui chante et joue du piano depuis mon enfance, j’ai tant de chansons cachées dans la poitrine, tant de pièces qui dorment dans mes doigts. Je les réveillerai.

Je fais l’annonce : « Monique a cinquante ans ! Venez fêter ça en musique… »

Et le jour J arrive. Dimanche 27 avril 2003. 16 heures. Il y a plus de cent personnes. Ma famille, mes collègues, mes amis, et des amants de la musique croisés sur ma route. J’ai constellé de marguerites le rideau de scène en velours noir. C’est le printemps et je veux que ça paraisse. Les gens se privent de la précieuse lumière du jour pour venir me voir : en échange je les recevrai en beauté. À défaut d’inviter à la maison, j’ai apporté ici une partie de mon salon : une bergère, une table, une lampe sur pied. Ce soir je serai chez moi sur scène. Bienvenue à vous qui m’entourez dans ce moment heureux.

Voici ma vie, en musique. Vous entendrez une valse que jouait mon grand-père, une toccate virtuose apprise à quinze ans, une chanson de Brigitte Bardot aimée depuis l’enfance, des chansons de Barbara qui m’ont touchée, des compositions qui racontent mon enfance, mon piano, mes amours. Vous entendrez aussi ma sœur Geneviève chanter comme un oiseau, mon neveu Arthur, qui est poète, et une sympathique chorale de filles que j’ai dirigées pendant trois ans : les Chanteuses de pomme. Il y aura… des chansonnettes qui me mettent en fête, un chant sacré interprété par deux solistes de l’église où je joue de l’orgue, un Adieu Gueule d’amour en trio-jazz, des percussions québécoises, une improvisation poético-musicale sur le temps qui passe, un Rap de la Forêt Enchantée où vous ferez les grenouilles et les corneilles, un tango que je chanterai pour des danseurs enlacés…

Voici ma vie. Une étincelle de mon briquet. Pour que nos cœurs brûlent à jamais !

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