De Saint-Antoine à Paris…

Monique Désy Proulx
mars 2010

Avez-vous aimé votre hiver ? Moi, oui. Je l’ai aimé blanc, enneigé, avec son soleil, ses tempêtes et sa lune qui colore les champs. Vive la neige, cette couverture pour la terre qui garde en son sein les graines prometteuses d’étés fleuris. Amoureuse de la belle neige, j’ai enfin trouvé comment le peindre, cet hiver que tant de gens croient à tort ennuyeux et gris.

Après m’être souvent frappé le nez contre l’exceptionnelle difficulté qu’il y a à rendre la beauté de cette saison, trois sapins m’ont inspirée. Ils habitent derrière chez moi. Depuis que je les ai peints à l’acrylique, ils ne me semblent plus pareils. Je les connais mieux. Tous les jours, je les vois par la fenêtre, croyant apercevoir trois rois de la forêt : Balthazar, Melchior et Gaspard.

Pourtant, ce ne sont pas ces arbres ployant sous leur charge ouateuse qui m’empêcheront de partir demain, en ce beau mois de mars encore tout blanc. Eh oui, je m’en vais à… Paris !

Des amis qui passent l’année là-bas m’ont gentiment invitée, alors j’en profite pour aller revoir la Ville lumière. J’y suis déjà allée, bien sûr, mais pas assez et depuis trop longtemps. Il est bon de partir pour s’éloigner de sa propre vie et la voir d’un peu plus loin, n’est-ce pas ? Vous le savez sans doute, vous qui arrivez d’une petite île du sud, chaude et verdoyante Guyane, vous qui partez ici et là sur cette planète, une semaine à Cuba, dix jours au Mexique, deux semaines en Espagne.

Moi, ça fait un bail que je suis collée à mon coin de pays ! Je me contente d’aller de Québec à Toronto en passant par Montréal et le bas du fleuve. Casanière je suis : j’aime ma maison, mon intérieur et mon feu de foyer. Ça me prend tout mon petit change pour sortir de la maison. J’adore les jours où je n’ai aucune raison de bouger. Ces jours où ma grande expédition consiste à marcher jusqu’au bureau de poste…

Mais la vie est multiforme et chacun porte mille personnages, mille potentiels. La sédentaire que je suis pourrait aussi bien, du jour au lendemain, devenir nomade. En moi comme en bien des gens sommeille une Gitane qui vivrait de son art, n’ayant rien à elle que son baluchon, sa plume et son accordéon.

Flâner dans les rues…
J’irai donc flâner dans les rues de Paris comme si j’étais une aventurière, une découvreuse. À moi la ville, à moi les bateaux-mouches et les crottes de chien, les concerts à la sainte Chapelle et les bars de fins de nuit. Qu’il pleuve, qu’il tonne ou qu’il vente, je vais m’abreuver pendant quelques jours d’histoire, d’architecture et de vie urbaine, je vais voir si les Parisiens sont toujours aussi méchants. Je ferai du lèche-vitrine et j’observerai la faune des passants. J’irai au hammam de Paris où, derrière des murs d’enceinte, je prendrai une tagine à l’agneau et du thé à la menthe, après m’être fait masser et épiler à la manière des femmes orientales, qui en connaissent un bout sur la beauté féminine. Voilà mon programme.

Je méditerai sur ma vie et sur cette contrée d’où sont partis mes aïeux. Et comme toujours en voyage, je dessinerai : mes amis, la Seine, les boutiques, les pommiers qui sont peut-être déjà en fleurs, le Jardin des plantes et les quais. Je les inscrirai au crayon pour mieux m’y attacher.

Et puis je reviendrai. Je retrouverai ma place dans ma grange recyclée, je redeviendrai l’unique poule d’un lieu où vécurent des hordes de pondeuses. Y aura-t-il encore de la neige ici ? Je l’espère. Je veux revoir derrière la maison mes trois sapins, mes trois grands rois vêtus de blanc qui se découpent sur le rose fushia des soirs qui tombent.

Je pars demain pour deux semaines. Je vous raconterai.

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